e kiss-in de solidarité aux jeunes de Nador a
bien eu lieu hier à Rabat. Il y avait des manifestants, des militants,
des journalistes... et des "baltajias".
Samedi
17h, une trentaine de jeunes, femmes et hommes, se sont regroupés
devant le café Balima face au Parlement, à Rabat. Ils sont venus pour
s’embrasser, suivant l’appel, sur Facebook,
de plusieurs associations ou militants des droits de l’homme, comme
Ibtissame Lachgar et Soufiane Fares du Mouvement alternatif pour les
libertés individuelles (MALI).
Une manière de montrer leur solidarité avec les trois adolescents
arrêtés à Nador pour avoir publié une photo d’un baiser sur Facebook. A
17h20, ils se sont embrassés, sur la bouche, devant les caméras des
journalistes marocains et étrangers.
Tout se passait bien, les forces de l’ordre n’étant pas intervenues,
quand soudain, un jeune homme arrive, renverse une table et crie: «Vous êtes une honte! Nous sommes dans un pays musulman et s'embrasser en public est interdit!»
"Ils portent atteinte aux bonnes moeurs"
Amine Baroudi -c’est son nom- nous confie, indigné : «Ce sont des
personnes qui sont affiliés au Mouvement 20 février et ils portent
toujours atteinte aux vertus et aux bonnes mœurs de l’islam». On s’en
souvient, Amine Baroudi était et reste l’un des plus farouches
détracteurs du 20-Février, et l’un des leaders du mouvement du 9 Mars,
qui regroupait des jeunes Marocains royalistes, nationalistes et
conservateurs, dont certains n’ont pas hésité à utiliser la violence
pour disperser des manifestations.

Le mot d'ordre: #freeboussa. ©DR
Amine Baroudi affirme cependant être contre l’arrestation des jeunes de
Nador. «Je suis contre l’arrestation de ces jeunes. Ce qu’ils ont fait,
c’est juste un acte irréfléchi, c’est l’insouciance des adolescents»,
déclare-t-il alors qu’il est le chef des contre-manifestants. Car il est
rapidement rejoint par quelques jeunes baltajias : les insultes
pleuvent, des verres sont brisés, ils finissent même par brandir des
chaises. Un journaliste aurait même été atteint au front.
Finalement, le kiss-in est dispersé, les manifestants se replient,
poursuivis et hués par les jeunes balatjias. «On s’est habitué à ce
genre de répression mais cela ne nous empêchera pas de protester et de
dire vive l’amour, vive la liberté», affirme néanmoins Soufiane Fares
aux médias nationaux et internationaux sur place.
Pour sa part, Ibtissame Lachgar trouve que le happening a atteint son
but. «C’est une victoire pour nous. Le message est véhiculé. Nous
défendons l’amour et les libertés individuelles».
"Le combat va continuer"
Elle s’étonne de l’absence de leurs détracteurs quand il s’agit de
manifester ou de prendre position contre des fléaux sociaux comme la
violence conjugale, le harcèlement dans l’espace public, la pédophilie,
etc. «Ce sont des hypocrites», s’indigne Ibtissame. Le combat va
continuer sur les réseaux sociaux pour mobiliser les gens et organiser
d’autres sit-in dans d’autres villes. «Après, on trouvera d’autres
moyens d’action pour essayer de faire évoluer les mentalités», conclut
Ibtissame Lachgar.
Le procès des jeunes adolescents poursuivis pour "atteinte à la pudeur"
s'est ouvert vendredi matin, mais a aussitôt été ajourné au 22
novembre...
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